René et Viviane
Mois : décembre 2008
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Le quartier des artistes
Le quartier de Jacques Laudy à Woluwe-Saint-Lambert, commune à l’est de Bruxelles, était bourré d’artistes.
Le musicien François Faignart (père de ma grand-mère Jeanne et peintre amateur) s’installait avec son chevalet devant l’église Saint-Lambert.
Le peintre Henri Quittelier (mon arrière-grand-père) venait faire des croquis de la même église dont il réalisa une gouache en 1928 et une eau-forte l’hiver suivant. De temps en temps, la reine Elisabeth de Belgique se rendait sur les lieux pour encourager les artistes dont elle était amie et mécène.
Grand admirateur de l’art sous toutes ses formes, Edgar P. Jacobs s’est laissé tenter et a aussi fait quelques croquis de l’église et des ruelles alentour. Puis, au fil des promenades, il a découvert d’autres beautés de la commune qu’il a peint sans les signer vers 1922-1923 : des fermes-demeures de la vallée de la Woluwe et, un peu plus haut, la chapelle gothique Sainte-Marie-la-misérable datant du 14e siècle. Par contre, en 1924, il a signé « EPJacobs » une magnifique aquarelle intitulée « ruelle de Woluwe-Saint-Lambert » sur laquelle on peut apercevoir l’église romane à l’arrière-plan. En 1938 se fonda le cercle Les Artistes de Woluwe-Saint-Lambert. Parmi les membres de l’association vouée à la promotion des arts, relevons les peintres Edgard Tytgat, Jacques Laudy…, les musiciens Philippe Declerck (mon premier professeur de piano à l’académie de Woluwe-St-Lambert)…, un folkloriste et des écrivains.
Les premières rencontres entre Edgar P. Jacobs et ma grand-mère ont eu lieu dans la commune de Woluwe-St-Lambert. Ils se sont désaltérés dans l’ancienne taverne « In de Kwak » (peinture à la gouache). Ils se sont mariés dans la commune, au château Malou. Hergé et Dino Attanasio font partie des artistes qui, un moment au moins, ont eu un point d’attache dans la commune.
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Un bain de boue forcé !
Edgar P. Jacobs a écrit dans Un opéra de papier (Gallimard, Paris, 1981, p. 13) : « « il y a toujours eu en moi un « gagman » qui s’ignore. »
Jacobs aimait relater ses anecdotes amusantes à ses proches. Quelques-uns de ses gags sont racontés dans Témoignages d’amitiés vraies, journal Tintin belge n° 13 du 24 mars 1987 : Jacobs, c’est Haddock par Jacques Martin, Un ineffable « Monsieur catastrophes » par Bob de Moor.
Hier après-midi, j’ai expérimenté un bain de boue inhabituel, grâce à Noisette, ma chienne ! Digne d’un gag à la Jacobs !
Je promenais ma chienne et, bien qu’il faisait un temps glacial, nous avions envie de faire le tour habituel. Arrivées au-dessus du petit bois qui délimite mon quartier, nous empruntions le chemin agricole à travers champs. Les fermiers ayant transporté les betteraves sucrières, leurs tracteurs ont creusé le chemin et des ornières se sont formées.
Le sol devenant glissant, j’ai demandé à Noisette de ralentir. La boue accumulée aux semelles de mes chaussures m’a fait glisser légèrement. J’ai essayé de rétablir mon équilibre, tandis que Noisette a repris son allure. En une fraction de seconde, je me suis retrouvée assise dans l’ornière recouverte d’une plaque de glace ! Puis, j’ai entendu un « crac » suivi d’un « plotch »…
Je n’en menais pas large assise dans l’eau boueuse glacée. J’avais le postérieur plus bas que les pieds et j’ai été contrainte de mettre les mains dans la boue pour me relever. J’en avais jusqu’aux coudes ! Les plaisirs de la promenade ont alors pris fin.
Je me trouvais à vingt minutes de chez moi et je n’ai croisé personne qui aurait pu venir à mon secours. A peine rentrée, j’ai laissé ma chienne affamée (c’était l’heure de son repas) et j’ai fait couler un bain bien chaud pendant que je lançais mes vêtements dans la lessiveuse…
Lorsque je suis revenue dans le living, Noisette est venue me demander de l’excuser. Je l’ai caressée et je lui ai donné sa gamelle…
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E. P. Jacobs analysé par Daniel Riche
Edgar P. Jacobs était effrayé quand il lisait tout ce qu’on pouvait écrire sur ses histoires et surtout sur Olrik ! Il a toujours voulu laisser une part de mystère et il s’est aperçu, au fil des années, que cela embêtait certains journalistes. Plusieurs se sont même vainement efforcés de percer les énigmes.
En attendant la publication de mon livre, voici le début d’un article sur le thème : « Subversion et empire : Jacobs, une terre trop loin » rédigé par Daniel Riche à la demande du Festival d’Angoulême 1989 :
« Depuis une vingtaine d’années, c’est à dire depuis que la première génération de ses lecteurs est arrivée à maturité, l’œuvre de Jacobs n’en finit pas de susciter des commentaires, gloses, analyses, examens et décorticages de toutes sortes comme si elle recelait dans l’au-delà ou l’en-deçà de ses planches quelque sens caché qu’il resterait à découvrir. Si l’on excepte Hergé – dont la position emblématique fait un cas à part – peu d’auteurs de bandes dessinées auront fait naître ainsi la soif d’en « savoir plus » à leur sujet et de dépasser les apparences pour accéder à une vérité dont la nature a, pour l’instant, l’envoûtante opacité d’un objet de désir.
(…) Pourquoi l’œuvre de Jacobs fascine-t-elle à ce point et que recèle-t-elle en elle qui la rend tellement désirable ? La réponse, à mon sens, ne réside ni dans ses (très réelles) qualités esthétiques ni dans ses (irréfutables) vertus scénaristiques mais dans l’ambiguïté qui la caractérise depuis ses origines. »
Lien pour lire l’article dans son intégralité.
L’avis de mon père, René Quittelier : « Bon texte, réaliste et bien documenté. »
Je remercie François Riche, le neveu de l’auteur, de m’avoir rappelé l’existence de cet article commandé et publié dans le catalogue « Angoulême 90, le magazine ».




