Voici une nouvelle série de questions et leurs réponses.
Marc Jaune :
En page 20, une interrogation d’Edgar lui-même : « je ne suis pas sûr d’être le fils de mon père ». By Jove !! Vous en a t’il reparlé d’autres fois en vous confirmant ses soupçons, ou bien était-ce une simple réflexion nostalgique en évoquant son paternel ?
Viviane Q :
Non, il ne me l’a dit qu’une seule fois et cela correspond à mes souvenirs relatés dans l’ouvrage. Jacobs ne m’a d’ailleurs jamais raconté deux fois la même histoire.
Marc Jaune :
En page 54, une allusion à la rivalité avec Jacques Martin. Au fil du livre on peut voir que Jacobs ne le supportait absolument pas et l’accusait de le copier systématiquement. Je ne suis pas un grand spécialiste de la BD franco-belge des années 50 60 mais, y avait-il tant de dessinateurs que ça qui copiaient ou, qui s’inspiraient des aventures de Blake et Mortimer ?
Viviane Q :
Il y en a eu quelques-uns, mais Jacobs ne leur en a pas voulu comme à Jacques Martin, parce que ce n’était pas systématique, d’après les dires de Jacobs. Jacobs connaissait bien la petite histoire de Bastien et Bastienne, un singspiel de Mozart. Curieusement, un des airs a été composé par Beethoven. Mozart l’a-t-il copié sciemment ou sans s’en rendre compte ? L’enfant prodige avait une excellente mémoire et était capable d’écrire la partition d’un morceau après l’avoir entendue jouer une seule fois. Phénomène logique attribué aux autres dessinateurs ayant vu un dessin de Jacobs dans le journal Tintin sans avoir l’intention de s’en servir. Les similitudes n’étaient que très partielles.
Marc Jaune :
En page 233, au sujet de « L’énigme de l’Atlantide » vous dites que Jacobs a dû, sous la pression des lecteurs, remanier son scénario pour faire réapparaître Olrik. Je pense qu’il a dû être, plus qu’énervé, par ce fichu contretemps.
Viviane Q :
Vous ne me le faites pas dire… Je n’ai pas vécu l’événement, mais sa façon de me le raconter a prouvé son énervement !
Marc Jaune :
A propos de cet album, avez-vous vu le synopsis original avec la mention des extra-terrestres en première partie et la dernière partie sans Olrik ?
Viviane Q :
Jacobs me l’a montré. Je me rappelle qu’il me l’a expliqué, mais je ne me souviens plus de ce qu’il m’a dit.
Marc Jaune :
Maintenant une interrogation plus technique. Dans ses derniers albums, notamment L’affaire du collier et Les 3 formules du Professeur Sato, Jacobs dessinait des cases sans décor en fond blanc avec un personnage. Cette manière de procéder m’a toujours troublé et un peu gêné, car cela casse la continuité de la lecture. Bien sûr, c’était absolument volontaire de sa part pour mettre en valeur certaines cases. Avez-vous eu des confidences à ce sujet de la part de votre grand-père ?
Viviane Q :
Oui, il l’a fait pour gagner du temps. D’ailleurs, la première case sans décor en fond blanc apparaît page 35 dans L’Affaire du Collier. Pour rappel, la parution dans le journal Tintin, qui a démarré à deux pages par semaine, se réduit à une seule planche à partir de la page 31. Jacobs n’avait qu’une maigre avance de planches entièrement terminées et il a dû accélérer le rythme de sa production. Il a donc réduit les décors de la case 5 de la page 35. Il a attendu les trois semaines nécessaires à la publication pour se rendre compte qu’il n’y a eu aucune réaction de la part de la rédaction (pages 36, 37 et 38). Il a réitéré la réduction du décor page 39 (cases 2 et 7) en espérant que le public ne réagisse pas non plus. Il a seulement osé réduire les décors à néant à partir de la page 41 (case 2 et la dernière) et a continué au fil des pages, puisque personne n’a réagi à son initiative.