Auteur : Viviane Quittelier

  • Timbre Blake et Mortimer

    De nouveaux timbres BD seront émis en Belgique le 17 septembre 2012, dont un reprenant les personnages de Blake et Mortimer. Il s’agit de la 10e et dernière émission This is Belgium de l’année, Belgique, pays de la BD :

     

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  • Anniversaire et Champagne

    Un anniversaire, ça se fête !

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    Thierry, fan de philatélie et de BD, avait fêté ses 50 ans. Habitant en Champagne et vigneron, il a tenu à partager sa fête en offrant à ses amis une bouteille de Champagne gravée or et personnalisée. Chaque bouteille porte à l’arrière le nom du destinataire :

     

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    La venue d’amis canadiens en Europe fêter leur noces d’émeraude, de cousins français et l’approche de mon anniversaire était l’occasion de déboucher la magnifique bouteille gravée à mon nom. Mais avant de déguster le breuvage divin, la bouteille fut photographiée sous tous les angles :

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    A votre santé !

  • Au Festival BD d’Anzin-Saint-Aubin

    Vous aurez l’occasion de me rencontrer au Festival BD d’Anzin-Saint-Aubin.

    J’y serai le dimanche 10 juin 2012 dans la salle les Viviers, située chemin des Filatiers 62223 Anzin-Saint-Aubin.

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    Lien du Festival : www.bdanzin.fr 

  • Sur le champ de bataille de Waterloo

    Passionné d’histoire, le jeune Edgar P. Jacobs s’amusait à reproduire les grandes batailles avec des petits soldats de plomb. Il était plein d’admiration devant les exploits de Napoléon et avait réalisé un dessin à la plume de l’Empereur vers l’âge de quinze ans:

     

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    Déjà à cinq ou six ans, le tout jeune gamin avait visité les principaux sites du champ de bataille de Waterloo avec ses parents. Combien de fois il y est retourné par la suite, en empruntant le chemin de fer vicinal qui passait tout près de la butte du Lion, mais aussi au volant de sa voiture. Sa villa du Bois des Pauvres était située non loin de la célèbre butte. A la venue du comte de Flandre qui s’était perdu en chemin sur le champ de bataille, Edgar P. Jacobs est parti à sa rescousse. Il l’a retrouvé à l’auberge des Trois canards et avait comparé sa rencontre à celle historique de Wellington et de Blücher… 

     

    Une photo officielle d’une reconstitution historique mise en exergue à proximité du musée:

     

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    J’ai participé cette semaine à une promenade instructive sur le circuit du champ de bataille de Waterloo avec une bande de copains marcheurs. Une occasion de profiter de la nature qui reverdit en ce mois de mai, malgré des températures plutôt basses pour la saison, comme on peut le constater aux tenues vestimentaires. On me voit au fond à droite, à moitié cachée:
     

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    Nous venons à peine d’entamer le circuit pour revivre les hauts faits de la bataille de Waterloo. Ci-dessus, n
    ous nous trouvons pratiquement à l’emplacement de l’arrêt du tram vicinal d’autrefois. 


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    Notre guide du jour, Jacques, avait potassé sa matière depuis plusieurs semaines. Les grandes batailles sont aussi son dada. Il aborde ici les armes utilisées et nous montre leurs dimensions
    Nous apprenons le rôle de l’artillerie lourde et légère, les tactiques, les erreurs… et aussi l’existence des femmes qui accompagnaient les troupes, à savoir les vivandières et même des prostituées intégrées dans un système régenté et très strict. 

    Noisette nous accompagne et écoute attentivement les explications du guide: 

     

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    Une dalle commémorative aux unités du 6e régiment d’artillerie à pied du colonel Hulot qui, le 18 juin 1815, ont appuyé de leurs feux efficaces les attaques du 1er corps d’armée français: 

     

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    Le mémorial dédié aux derniers combattants de la Grande Armée:

     

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    La fin du circuit et le retour vers la célèbre butte du Lion:

     

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     Le sommet de la butte et son Lion symbolisant la victoire, la gueule ouverte tournée vers la France vaincue, la patte sur un boulet de canon représentant la paix que l’Europe a conquise à l’issue de la bataille: 

     

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    Puis, nous passons à table pour fêter l’anniversaire de l’une des nôtres. C’est la tradition au sein de notre groupe. C’est aussi une partie de plaisir, les blagues vont bon train…

     

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    … et furent entrecoupées de nouvelles représentations guerrières:

     

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    Merci à Jacques pour son travail de recherches et de partage,
    Merci à Brigitte et Jean-Louis pour leur reportage photos. 


    On vient de commencer les travaux de réhabilitation de la butte du Lion en vue du bicentenaire qui aura lieu en juin 2015. 

    Le but est de redonner aux visiteurs le décor de la morne plaine décrite par Victor Hugo.

    Lors de notre visite, des bûcherons abattaient des arbres qui cachaient la vue du Lion depuis le parking face à la taverne-restaurant Au bivouac de l’Empereur.  

    Quelques chiffres:

    – 18 juin 1815

    – la butte fut achevée en 1826

    – 126 villes portent le nom de Waterloo à travers le monde dont une en Antarctique

    – 18 juin 2015, deux cents ans après la bataille
     

    Voir la vidéo du futur mémorial souterrain:

     

    Le futur Memorial du Lion de Waterloo – Ma-Tvideo France3
    Découvrez la visite virtuelle du futur mémorial souterrain de 6.000 m2; dont le chantier a débuté ce mercredi 9 mai 2011

    Mots-clés : lion waterloo furlan



  • La gare de Crefeld Nord

    Nous avons repéré l’endroit du camp où Edgar P. Jacobs a fait son service militaire en 1924-1925. L’entrée devait se trouver sur la Hückelsmaystrasse, à l’extrémité sud-ouest du territoire de Krefeld. On peut observer un net recul du champ sur Google Earth le long de la Hückelsmaystrasse. La limite du champ, strictement parallèle à la chaussée de chaque côté de ce recul, devient courbe entre deux arbres. Elle contourne une zone apparemment impossible à labourer à cause des fondations encore existantes dans le sol. 

    Mon grand-père m’a raconté qu’il devait marcher un peu moins de six kilomètres entre la gare de Crefeld et le camp. Lorsque j’ai programmé la Hückelsmaystrasse depuis l’ancienne gare de Crefeld-Nord, mon GSP indiquait bien cette distance entre les deux croix tracées sur la carte, en passant par la Forstwaldstrasse:

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    Voici quelques vues de la gare de Crefeld-Nord, aujourd’hui musée et curiosité touristique:

     

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    La gare, le quai, une locomotive et le personnel en 1900:

     

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    Le chef de gare entré en fonction le 1er octobre 1924, quand Edgar se trouvait à Crefeld:

     

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    Ces deux documents d’époque sont exposés dans la Nordbanhof, 
    ancienne gare de Crefeld-Nord:

     

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    dont voici le buffet prêt à accueillir les prochains clients:

     

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    et 
    l’ancien guichet de billets au centre de la photo:

     

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    Il y eut quelques affrontements au début de l’occupation, notamment en janvier 1923
    , devant la carence de l’Allemagne dans le paiement des réparations en espèces et en charbon. La France et la Belgique ont dès lors procédé au contrôle du Bassin Industriel de la Rhur. L’Allemagne y opposa une résistance passive officielle, doublée d’une résistance active par des bandes d’agitateurs. La réplique énergique entraîna la réquisition des gares, l’exploitation des réseaux par des cheminots français et belges, la saisie des marks et des stocks, et bien d’autres mainmises. Les troupes y furent associées et des attentats se produisirent en 1923. Une vingtaine de soldats belges et français furent tués et une soixantaine blessés, côté allemand 300 tués et 2000 blessés.

    Le gouvernement allemand mis fin à la résistance passive le 20 septembre 1923, quelques mois avant l’arrivée d’Edgar P. Jacobs à Crefeld. Le dernier détachement belge a quitté la Rhur le 20 juillet 1925, seulement quelques semaines après le retour d’Edgar en Belgique.

    Pour conclure, voici un écrit d’un critique militaire anglais réputé, le colonel Repington: 

    « Les troupes belges sont pour la plupart jeunes… excellemment entraînées et bien dressées. Elles font honneur à leur pays*. »

    Edgar P. Jacobs en faisait partie. 

    *Extrait de Histoire de la Belgique contemporaine, 1914-1970, La renaissance du livre, p. 354.


    N.B. Ce livre, imprimé en Belgique, n’aborde pas les écrits vantant les troupes françaises pendant l’occupation en Allemagne, ni l’honneur qu’elles ont certainement rendu à leur pays, au même titre que les troupes belges. 



  • Camp de Termonde à Crefeld

    J’ai passé une semaine en Allemagne pour décourvrir la région de la Rhur qui fut occupée autrefois par des militaires belges et français après la guerre de 1914-1918.

    Edgar P. Jacobs nous a raconté dans « Un Opéra de Papier » ses douze mois de service militaire passés en 1924-1925 à Crefeld, en Allemagne, dans le camp de Termonde. 

    Il ne s’était pas trompé pour orthographier le nom de la localité avec un C.
    Crefeld n’est devenue Krefeld qu’en 1929, après le retrait des troupes. 

    Voici une vue aérienne du camp de Termonde sur le territoire de Crefeld:

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    Et une autre photo montrant l’entrée du camp, fort semblable à celle publiée par Edgar P. Jacobs dans « Un Opéra de Papier » p. 45:
     

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    De passage à Krefeld, je me suis renseignée pour savoir où se trouvait cet ancien camp militaire belge. J’ai appris qu’il avait été laissé à l’abandon, tombé en ruine. Je me suis rendue sur le lieu qu’on m’avait indiqué, en espérant avoir été correctement informée :
     

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    On pouvait apercevoir un bois à l’arrière du camp sur la photo précédente. Est-ce le même bois, ou bien la végétation a-t-elle recouvert les vestiges de l’occupation belge à cet endroit ? 

     

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    Plan sur Google
     
     

    La première zone boisée est fort clairsemée, lorsqu’on l’observe sur Google EarthLe bois de haute futaie borde un étang. Or, un étang se trouvait effectivement à l’arrière du camp, d’après les dires de mon grand-père. Le bois de haute futée serait celui qui existait à l’époque. Et si mes souvenirs sont exacts, les barraquements étaient construits en bois. Il ne reste donc plus que des champs cultivés à l’avant-plan et la nature a repris le dessus sur la partie arrière du camp… 

     

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  • Idéfix

    Marc Jaune, fan assidu de ce blog et correspondant régulier, m’a demandé dernièrement si j’appréciais Astérix et Obélix :

    – J’étais abonnée au journal Tintin, pas au journal Pilote dans lequel paraissaient les histoires d’Astérix et Obélix. Lorsque le 1er album est sorti chez Dargaud en 1974, j’avais 18 ans et, si je connaissais leur existence, je n’avais lu aucune de ces aventures jusque là. J’étais alors pour Astérix et Obélix au même point que Jacobs pour Tintin et Milou pendant la seconde guerre mondiale… 

    Et curieusement, c’est… Edgar P. Jacobs qui m’a invitée quelques années plus tard à découvrir les histoires d’Astérix et Obélix ! Il était fasciné par le druide Panoramix, constamment en toge blanche, et sa potion magique. Il aimait tout particulièrement le chien Idéfix, d’abord son nom qu’il trouvait marrant, mais aussi son côté écologique. Je me souviens que mon grand-père (de coeur) m’avait expliqué que ce chien mignon s’oppose à ce qu’on abbatte un arbre. Cet aspect rejoignait son idéologie : abattre un arbre malade, d’accord, mais pas un arbre en bonne santé !

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    A la suite de cette conversation, j’ai lu quelques albums pris au hasard. Mon choix fut mal récompensé, pas d’Idéfix dans la sélection et je n’ai pas poursuivi mes recherches. A cette époque, je me destinais vers la profession musicale. Je gardais en mémoire les bonnes séries humoristiques du journal Tintin : Boule et Bill, Modeste et Pompon, Gaston Lagaffe, Taka Takata, Max l’explorateur, Clifton… mais aussi la fameuse marmite à la potion magique…

  • Dans un auteur de génie

    La remarquable collection Hachette « Voitures et véhicules fantastiques Blake et Mortimer » se poursuit au fil des quinzaines. 

    Le numéro 32 me présente dans la rubrique « Un auteur de génie ».

    A la page 10, on y découvre comment je suis devenue la petite-fille adoptive du célèbre dessinateur, quelques souvenirs d’enfance, des sources et documents ayant servi de base à mon ouvrage biographique. 

    La page suivante reprend quelques propos recueillis par Brieg F. Haslé, dont une présentation de ma grand-mère Jeanne, compagne puis épouse d’Edgar P. Jacobs, et de son fils, mon père René Quittelier… 

    A découvrir… 

    Pour fêter l’événement et vous remercier de votre fidélité, voici une photo inédite de la villa d’Edgar P. Jacobs:

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    Jeanne et Viviane au Bois des Pauvres

    Photo inédite (c) Viviane Quittelier

     

    En savoir plus sur le numéro 32 de la collection Hachette 

  • Interview / Vidéo

    J’ai été interviewée au Festival BD de Pont-à-Celles le 19 novembre 2011.

    Cette interview m’a rappelé des souvenirs : Edgar P. Jacobs m’avait dit avoir été frappé par les questions hautement intelligentes que de très jeunes parisiens lui avaient posées lors d’un voyage à Paris. Jamais il n’avait cru que des jeunes de moins de quinze ans pouvaient s’intéresser à son oeuvre et encore moins en connaître à fond les détails.

    Je félicite la journaliste en herbe qui m’a posé les questions. Sa préparation ne convenait pas du tout à mon cas particulier, n’étant pas directement auteur d’une bande dessinée, mais la petite-fille d’un grand maître. La questionneuse, très jeune, fut surprise de m’entendre dire, lors de la séance d’essai, que j’avais fait mes études au Conservatoire de Musique, rien à voir avec la BD ! Elle n’avait jamais entendu parler d’Edgar P. Jacobs, ni de Blake et Mortimer…

    Je vous invite à découvrir cette vidéo :


     

    Si la vidéo n’est pas visible, vous pouvez cliquer sur le lien de mon nom ci-dessous :

    Viviane Quittelier par lepiranese

  • Datation de la Marque Jaune

    La recherche de datation de La Marque Jaune a suscité bien des réactions et des hypothèses, des contradictions et incompatibilités de dates apparaissant dans chacune des suppositions, à savoir celle de Benoît Verley et Eric Saussine, Yves Sente et enfin Ted Benoit.

    J’ai d’abord parcouru dans les très grandes lignes la longue démonstration de Benoît Verley/Eric Saussine puis la réponse d’Yves Sente. Non pas qu’elles ne m’intéressent pas – loin de là -, mais dans le seul but de ne pas subir une quelconque influence avant de me lancer dans une analyse développée ci-après. Puis, il y a eu l’avis de Ted Benoit.

    Avant de relire les trois versions dans les moindres détails et de tenter de donner raison à telle supposition plutôt qu’à une autre, j’aimerais d’abord exposer ce que Edgar P. Jacobs m’a expliqué:

    Il faut se rappeler, qu’avant La Marque Jaune, Jacobs s’était lancé dans deux très longs récits. Il n’était pas question d’entrer dans un quelconque format en dehors des parutions hebdomadaires du journal Tintin, ni d’envisager une lecture d’un seul trait. L’Enigme de l’Atlantide et les histoires suivantes auront exactement 64 pages. La Marque Jaune en a 68 et a dû être écourtée. Jacobs a écrit dans son Opéra de Papier que les dernières planches furent terminées en catastrophe ! Il a été contraint de réduire le nombre de pages et de remanier le découpage établi antérieurement sous les conseils de son ami Jacques Van Melkebeke. C’est à peu près alors qu’un certain format a été imposé par l’éditeur en vue d’imprimer l’histoire en un ou deux albums.

    D’autre part, les parutions dans le journal Tintin se succédaient de semaine en semaine, à raison d’une planche pour Jacobs. Et Jacobs n’a pas toujours respecté ce délai, ayant de bonnes raisons expliquées dans mon livre E.P.Jacobs Témoignages inédits, édition Mosquito. En ce qui concerne La Marque Jaune, le décès de la mère de Jacobs a occasionné une interruption de l’histoire pendant une semaine dans le journal Tintin.

    Jacobs orientait aussi sensiblement son scénario au fil de son travail et des planches. Il aimait insérer certains faits de sa vie privée, professionnelle ou en rapport avec le vécu des modèles de ses personnages.

    Nous savons encore qu’en 1954-1955, immédiatement après l’élaboration de La Marque Jaune, Jacobs a remanié la page 49 du Mystère de la Grande Pyramide pour un problème de datation en vue de la parution de l’album. Il tenait à déplacer un article paru dans la presse en l’intercalant quelques pages plus loin, afin de laisser plus de temps à la police de mener son enquête. Ce changement a donc été réalisé dans le but d’une lecture continue, et non plus découpée au fil des semaines. Jacobs avait donc corrigé une erreur de logique évidente.

    Jacobs a ainsi conclu son Opéra de Papier page 187 :

    « …j’éprouve… l’étrange sentiment que tout ce que j’ai fait jusqu’ici, tant sur le plan du métier que sur le plan de la vie affective, n’est qu’un simple synopsis, une sorte d’avant-projet, que je devrais pouvoir remanier, corriger…

    … Il faut donc se contenter d’un simple brouillon… »

    Tout ceci pour en arriver au fait que Jacobs, qui travaillait à la semaine, se trouvait décalé par rapport au temps réel. Il vivait à la semaine, avec une durée d’une semaine entre une planche et la suivante. Ce qui explique le peu de temps qu’il avait laissé à la police dans Le Mystère de la Grande Pyramide (voir plus haut) dont les faits, dans le temps réel de la lecture dans le journal Tintin, se sont passés pendant plusieurs semaines.

    Jacobs se référait aux dates du moment présent. Ce fut le cas pour représenter l’Ascension dans L’Enigme de l’Atlantide : parution le mercredi 28 mai 1952 dans le journal Tintin belge, à la veille de la fête religieuse (cf. mon livre E.P.Jacobs Témoignages inédits p. 190). Mais pour la fin de l’histoire de La Marque Jaune annonçant la Noël, Jacobs a préféré choisir la date de parution du journal français décalé de quelques semaines par rapport à l’édition belge. La dernière planche paraissait le mercredi 10 novembre 1954 dans le journal belge. L’édition spéciale du Tintin français de Noël 1954 est sortie le 16 décembre 1954, donnant l’idée à Blake de souhaiter un « Joyeux Noël à tous ». Le tous s’adresse aussi bien aux Belges qu’aux Français, avec un léger décalage suivant les parutions. Mon grand-père a attiré toute mon attention sur les deux mots de la fin : « à tous ». Ce petit détail en dit long pour déterminer l’année de l’histoire.

    La Marque Jaune a donc dû être écourtée. Si elle avait été prolongée de quelques semaines comme cela était prévu au départ, la dernière planche aurait peut-être coïncidé avec la semaine de Noël. Qui sait ?

    Jacobs a bien apporté les détails mentionnant les jours et les heures qui passent dans La Marque Jaune, mais il s’est limité à cela. Il n’a apporté aucune précision sur laquelle on peut se baser. Il m’en avait parlé. Tout est vague. Je pense me souvenir qu’il s’était fixé une histoire se déroulant en dix jours, afin de rappeler le chiffre « dix » des Dix petits nègres d’Agatha Christie, un policier qu’il aimait tout particulièrement.

    Avant de déterminer l’année de La Marque Jaune (en 1951, 1954 ou 1953), relevons à présent d’autres sources :

    La dernière planche du Mystère de la Grande Pyramide est parue début mai 1952. Jacobs s’est directement lancé à la recherche d’un thème intéressant pour sa nouvelle aventure, La Marque Jaune, qui débutera un an plus tard. Il va se baser sur un fait divers précis et daté :

    « Dès 1952, des dizaines de milliers de gens dans le monde entier achetèrent leur première « TV » pour pouvoir assister au couronnement de la jeune reine d’Angleterre, Elisabeth II.
       – « Et si Olrik volait la couronne ? » se demanda brusquement Edgar P. Jacobs.
    C’est au tour de cette idée d’une sidérante audace qu’orbitent les grands thèmes de La Marque Jaune…

    … la Reine Elisabeth II au balcon de Buckingham Palace, lors de son couronnement, le 2 juin 1953. A peine deux mois plus tard, le 6 août (ndlr 1953), la couronne impériale sera volée par la Marque Jaune ! »

    (Extrait du dossier de Van Kerckhove, p. 3 et 4, annexe à Le Monde d’Edgar P. Jacobs de Claude Le Gallo – éditions du Lombard.)

    Qu’est-ce qui prouve que la couronne sera bel et bien volée deux mois plus tard, le 6 août 1953, le jour de la parution dans le journal Tintin belge ? Tout au moins, cette supposition ne transparaît pas dans l’histoire où il est question d’un jour de décembre, le 7… Par déduction, le vol aurait été commis deux jours plus tôt que le 7 décembre, soit le 5 décembre… et donc certainement pas en août !

    Si l’on se réfère au moment présent où Jacobs a dessiné la première planche, le récit de La Marque Jaune débuterait en été 1953. Or, cela semble faux ! Il est évident que l’histoire ne peut débuter en été, l’arbre de la case 2 n’a pas une seule feuille sur ses branches…

    Mais Jacobs se fiche pas mal de l’été du moment. Il se souvient de son séjour à Londres en été 1952 : un temps caniculaire, sans le moindre brouillard. Il voulait une histoire qui se passe la nuit, dans la pluie et le brouillard. Il place donc le décor en hiver, peu importe le mois présent. Les conditions hivernales sont optimales pour l’ambiance qu’il veut mettre. Et s’il avait imaginé son histoire par anticipation, c’est-à-dire la faire commencer en hiver 1954 ?

    Analysons maintenant les datations de Jacobs tout au long du récit :

    L’histoire commence un dimanche à 1 h du matin. Confirmation avec le journal Monday du lendemain matin p. 6 : « douze heures après le vol ».

    Les heures du lundi s’écoulent : « au dehors, tout semble obscur » (page 7). Deux heures plus tard, on assiste à la sortie du Centaur Club. Big Ben sonne les douze coups de minuit en haut de la page 9. Il est mardi matin quand Vernay disparaît et que l’agent de police aperçoit une marque jaune sur le sol (page 10).

    « Le jour se lève… » lit-on en bas de la page 10. C’est logiquement le mardi matin : « A l’arrêt du bus, il y a déjà du monde, malgré l’heure matinale. » En haut de la page 12, la journée semble bien entamée.

     

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    A la page 12, nous relevons enfin deux indices : la calendrier indique le 7 et, en bas de la page, il est écrit sur le papier « aujourd’hui 7 décembre, … un événement intéressant se produira ». Or la planche 10 (page 12) ne sort qu’en octobre 1953. L’histoire avait débuté en hiver. Jacobs avait fixé une date hivernale, sensiblement en avance par rapport au temps présent. Mais à quoi correspond cette date qui, apparemment, aurait été prise au hasard ? Il n’y a jamais eu de hasard chez Jacobs…

    Le 7 décembre est le jour d’anniversaire d’une vieille connaissance !

    Mon grand-père paternel Henri Quittelier, alias Olrik et la Marque Jaune, est né à St-Gilles (Bruxelles) le 7 décembre 1906… Jacobs profite des moindres occasions pour signer, habilement, les faits liés à ses modèles et rappeler une vieille histoire : « A moins que ce ne soit le début de quelque diablerie nouvelle !?… » (Parole de Blake dans la case ci-dessus.)

     

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    Explications du P.S., venant d’Edgar P. Jacobs:

    L’événement intéressant qui se produira le 7 décembre en dehors du capitaine Blake et de son ami, le professeur Mortimer, outre le vol de la couronne d’Angleterre, n’est rien d’autre qu’un sujet de convoitise d’Henri Quittelier. Pas question à Edgar Jacobs de se mêler de ses affaires le jour de son anniversaire et « de rester en dehors (de cette affaire) ». Jacobs s’est arrangé pour que la signature (le M) soit bien apposée sur le P.S., comme si on avait marqué le coup d’un poing ferme…

    L’édition Blake et Mortimer modifiera la date du 7 décembre au 18 décembre lors d’une réédition en 1987. Ce choix est postérieur à la mort de Jacobs. Personnellement je ne peux m’y fier. La date a été adaptée, sans doute sur base d’un compte à rebours depuis le 24 décembre à minuit de la fin de l’histoire. Yves Sente relève que le calendrier indiquant le 7 a été laissé dans l’édition actuelle, en contradiction avec le papier daté au 18 (et non plus le 7 décembre dans l’édition du Lombard).

    Poursuivons la recherche des éléments permettant de dater l’histoire:

    Dès la page 13, les réverbères sont éclairés, « la nuit descend » et « lentement, Big Ben égrène les heures sur la cité inquiète… » Le bas de la page se passe au cours de la même nuit du mardi au mercredi.

    Mercredi matin dès la case 5 de la page 14 : « Le lendemain matin au Yard… », « quinze minutes plus tard »… « le soir du même jour. » Au milieu de la page 15 : « il est minuit moins le quart… »

    Il est jeudi dès la page 16 : « Le lendemain matin… », « un moment plus tard… », « un quart d’heure plus tard… », « il est 16h30… » L’accident ferroviaire a lieu en pleine nuit.

    Vendredi matin en haut de la page 22 : « le lendemain… », « vingt minutes plus tard… », « une heure plus tard… »
    Le soir tombe, le lampadaire est allumé et l’on se souhaite la bonne nuit (bas de la page 24).

    « Trois heures viennent de sonner… Il est samedi matin lorsque la Marque Jaune s’introduit dans l’appartement. Blake et Mortimer sont en pyjama jusqu’à la page 30. Par contre, ils se sont habillés quand l’inspecteur Kendall arrive chez eux (milieu de la page 30).

    « Le même soir… », « pendant ce temps… » lit-on en haut de la page 34. Il est toujours samedi et nous assistons à la poursuite de la Marque Jaune dans les Docks. « Une demi-heure plus tard… » les recherches se poursuivent tard dans la nuit, dans le brouillard (page 42). Mortimer finit par sombrer dans le néant en bas de la page 49.

    Il est dimanche dès la page 50 :  » le lendemain matin… », « peu après… », « au même moment… », puis un passage dans le passé lorsque Septimus aborde l’histoire de l’Onde Méga page 51 et suivantes, tandis que l’on revient au présent lors des interventions de Mortimer.

    Il est toujours dimanche en haut de la page 55 : « le même jour… », « une demi-heure plus tard… », « le même soir… », « peu après… », « quelques instants plus tard… »

    Le lundi pointe en haut de la page 58 : « dès les premières heures du matin… », « pendant ce temps… », « quelques secondes plus tard… », « à ce moment… », « comme onze heures sonnent à Big Ben… » en haut de la page 62, il fait nuit dans la ville. « Quelques instants plus tard… », « à cet instant… », « juste au même moment… », « cependant… », « mais à ce moment… », « cependant… », « mais à cet instant… », et enfin « il est minuit: Joyeux Noël à tous !!! »

    Le jour de Noël concluant l’histoire serait donc un mardi.

    Jacobs laisse un vague désespérant pour qui veut situer La Marque Jaune avec précision dans le temps. Il ne mentionne aucune date à l’exception d’un lundi, d’un 7 décembre, d’un God save the Queen et d’un soir de Noël. La dernière planche de l’histoire ne paraît même pas un jour de Noël, ni dans la publication belge, ni dans la française. Alors qu’en penser ?

    Le calcul de Benoît Verley semble logique: la fête de Noël tombe un mardi en l’année 1951.
    Pour Yves Sente, l’histoire se termine en décembre 1954.
    Ted Benoit affirme qu’elle se passe en 1953, comme cela a été établi il y a longtemps par Van Kerckhove. Il se base sur l’air d’un God save the Queen, preuve que la Noël dont il est question met à l’honneur une reine et non un roi. Les paroles du chant national aurait alors été God save the King si l’histoire s’était passée en 1951…

    Personnellement, je sais, et personne ne me contredira, que l’histoire se déroule sur dix jours en décembre. Quant à dire si c’est du 16 au 25 décembre 1951, ou une autre semaine en 1953 ou en 1954, voire une autre année… Chacun a à la fois raison et tort, puisque d’autres parviennent à démontrer une autre possibilié !

    Enfin, pour conclure, je me référerai aux dires de mon grand-père:

    Les premiers dessins ont été commencés en été 1953, mais qu’est-ce qui prouve que la Marque Jaune va réellement s’emparer de la couronne impériale à ce moment-là ? L’histoire se déroule par anticipation dans le journal Tintin pour se terminer au moment présent, en décembre 1954…

    Quoi de plus logique lorsque l’on est amené à faire de la science-fiction et que l’auteur va se lancer quelques années plus tard dans une aventure telle que Le Piège Diabolique où toutes les dates vont se mêler de manière chaotique…

    Quant à la date du 7 décembre, serait-ce un mieux de la rétablir dans les albums, comme le propose Yves Sente ?

    Oui, et pour plusieurs raisons:

    Cette date correspond au calendrier de la case plus haut sur la même planche, elle a été choisie par Jacobs afin de dater (ou marquer) à jamais l’origine de La Marque Jaune et le jour où celle-ci s’occupe d’une affaire toute particulière… Sans cette date, avec un 18 décembre plutôt qu’un 7, on trahit un repaire important de la Marque Jaune.

    Ceci dit, à part la date de naissance de mon grand-père paternel Henri Quittelier, rien n’est sûr ! Preuve d’un bon scénario établi sur de bons suspenses…

    Et puis, toutes ces recherches et analyses valent-elles la peine ? Personne ne peut trancher de manière sûre et scientifique, même pas moi. A quoi bon vouloir à tout prix dater une histoire qui reste d’actualité, dans un décor des années 1950 ?

    Dejà de son vivant, le créateur de Blake et Mortimer était intrigué par les questions de certains journalistes. Il m’a dit un jour que certains « cherchaient la petite bête et trouvaient des énigmes là où il n’y en avait pas« . Et cela l’amusait de constater « qu’il y avait encore plus de suspenses dans ses histoires qu’il n’en avait imaginés« .

    Et pour le mot de la FIN, relevons la réflexion d’Yves Sente:

    « Pour moi, c’est évidemment Jacobs qui fait foi et certainement pas le correcteur de l’éditeur… qui a peut-être simplement voulu s’amuser en insérant la date d’anniversaire de sa petite amie où que sais-je d’autre. »

     

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    inédit

    Celui qui s’est amusé à insérer la date d’anniversaire d’une « vieille connaissance » alias la Marque Jaune n’est autre qu’Edgar P. Jacobs

    CQFD !