A Paris, la planche originale n° 8 de «La marque jaune» était adjugée en 2015 chez Christie’s pour 205 000 euros. DR
J’ai ensuite rencontré Arnaud Bédat à Genève, quelques jours après la sortie de l’article. Il m’a consacré une heure sur une terrasse ensoleillée d’une taverne de la vieille ville au cours de laquelle nous avons longuement discuté et échangé nos connaisances jacobsiennes et abordé également d’autres sujets. Les températures étaient particulièrement douces et très agréables pour un mois d’octobre. Je garde un excellent souvenir de ce journaliste suisse globe-trotter et reporter-enquêteur.
Arnaud Bédat m’a appris que l’annonce de l’article sur la disparition des planches volées de Blake et Mortimer devait se faire en couverture. Le décès de Charles Aznavour a modifié le projet de mise en page, forçant le choix de donner la priorité à une photo du chanteur disparu. Néanmoins, l’article d’Arnaud Bédat se trouve bel et bien dans le magazine L’Illustré du 4 octobre 2018.
Je suis abonnée à l’Antipresse de Slobodan Despot, suisse également d’origine serbe. Arnaud Bédat a qualifié cet hebdomadaire en 2019 de « c’est la vie, c’est le réel ». Les Turbulences du 29 septembre 2019 avaient repris les quelques phrases d’Arnaud Bédat souhaitant « Bon vent à l’Antipresse. » Arnaud était alors devenu journaliste indépendant à son tour :
Chaque dimanche, l’Antipresse chemine à contre-courant. Sa lecture décalée fait du bien dans le maelström médiatique d’aujourd’hui trop souvent au service de la pensée unique. Le caractère, l’originalité, l’aspérité, c’est la vie, c’est le réel: toujours préférer l’irrévérence à la connivence. Le journalisme, c’est d’abord la vérité, même si elle dérange, au service de l’opinion et non des idéologies, des convictions et des écoles de pensée.
Bon vent à l’Antipresse!
J’ai appris avec une grande tristesse le décès d’Arnaud Bédat, survenu le 20 juillet, dans l’Antipresse du 31 décembre 2023. Slobodan Despot dans son article « Les cailloux sur notre chemin » sous-titré « Histoire de conjurer la mort et d’ôter notre chapeau devant quelques maîtres et quelques belles personnes… » lui a rendu un bel hommage, dont voici un large extrait :
Arnaud Bédat s’est carapaté au creux de l’été, en douce, comme on fait passer un projet de loi impopulaire […]
Il était l’un des derniers journalistes d’enquête et de récit dignes de ce nom en Suisse romande. Son talent, son opiniâtreté et sa bonne humeur drolatique faisaient passer même cette étrange papolâtrie qu’il vouait au jésuite François, dont il était le biographe. Ses déboires avec les rédactions et la censure dont il fut frappé […]
Repose — enfin — en paix, le Jurassien!
Je tenais à lui rendre également hommage.
L’occasion se présentait avec la sortie du documentaire de Lucile Aimard, à voir prochainement le 16 novembre 2025 sur France 2 à 13h15 ou en replay sur le site de France TV. Le documentaire reprend l’histoire du mystère des planches disparues dont Arnaud Bédat avait relaté les faits dans son article du 4 octobre 2018. Il va bien sûr plus loin dans ses recherches, est plus complet et interviewe plusieurs personnes françaises, suisses et belges. L’équipe est venue chez moi. J’interviens à plusieurs reprises dans le documentaire.
Justement, voici le texte de l’article. Pour rappel, il est d’accès libre sur le site de L’Illustré avec les illustrations en plus.
TEXTE ARNAUD BÉDAT Publié le 4 octobre 2018 à 08:45 :
Près de 200 planches originales d’Edgar P. Jacobs, le père de Blake et Mortimer, d’une valeur inestimable, ont mystérieusement disparu à Bruxelles. L’enquête sur ce scandale, menée par la police fédérale belge, pourrait bientôt rebondir en Suisse romande.
Ce n’est pas une nouvelle aventure de Blake et Mortimer, ni vraiment la dernière histoire belge qu’on se raconte, mais une bien étrange affaire qu’Edgar P. Jacobs, le plus célèbre dessinateur du Plat Pays – avec Hergé – n’aurait sans doute pas osé imaginer. Un véritable polar où tous les ingrédients d’une «bonne histoire», comme disait Gabin, sont réunis dans cette série noire où les cadavres sont des héros de papier: un énigmatique coffre-fort, des millions d’euros, des œuvres d’art qui s’évaporent, un dernier testament apparu comme par enchantement, une Rolls-Royce qui chauffe les esprits. Et encore des marchands d’art peu scrupuleux entre Paris et Hongkong, et bien sûr le fantôme du colonel Orlik, le traître fourbe, un des plus fameux méchants de l’histoire de la BD, né sous le crayon de génie du papa de tant de chefs-d’œuvre immortels comme La marque jaune, Le mystère de la grande pyramide ou Les 3 formules du professeur Sato.
«S’il voyait ça, je crois que mon grand-père se retournerait dans sa tombe», lâche au téléphone, dépitée, Viviane Quittelier, la petite-fille «par alliance» d’Edgar P. Jacobs. En fait, la rumeur courait depuis pas mal de temps chez les initiés, mais le scandale a éclaté au grand jour en septembre dernier en première page du quotidien Le Soir, à Bruxelles: la police fédérale belge confirmait avoir ouvert une enquête pour tenter de retrouver près de 200 planches originales disparues d’un coffre-fort de la Fondation Edgar P. Jacobs à Bruxelles, créée du vivant de l’auteur en 1984. La légende de la bande dessinée, alors âgée de 79 ans et sentant ses forces faiblir, imaginait cette structure pour «éviter la dispersion anarchique» de son œuvre et surtout «la mainmise par certains affairistes». Trois ans plus tard, le vieil homme s’éteignait paisiblement, l’esprit serein, ses planches mises à l’abri dans les sous-sols de la Banque Bruxelles Lambert. Une photo immortalisait d’ailleurs le célèbre Belge glissant la totalité de son œuvre derrière la lourde porte blindée d’un profond coffre-fort: «Plus de 700 planches, mais aussi des centaines de crayonnés et de calques», selon un des administrateurs de la fondation.
Trésor inestimable
Mais voilà, patatras, depuis cette date, un tiers de ce trésor inestimable a mystérieusement disparu et se retrouve aujourd’hui proposé à la vente en pièces dispersées dans des galeries de marchands français ou mis aux enchères, faisant le bonheur de collectionneurs, avec la plupart du temps des certificats signés de la… Fondation Edgar P. Jacobs! A Paris, par exemple, le 14 mars 2015, la planche originale no 8 de La marque jaune, retouchée à la gouache blanche, où surgit l’œil de Septimus, le personnage clé de l’histoire, atteignait le prix de 205 000 euros lors d’une vente chez Christie’s. A Hongkong, chez Artcurial, le 3 octobre 2016, la planche no 14 du même album à l’encre de Chine était adjugée pour 117 000 euros, frais inclus…
Comment ces raretés, sorties tout droit du coffre de la Fondation Edgar P. Jacobs, se sont-elles retrouvées ainsi dispersées à tous vents? Jacobs avait laissé une liste claire, mais à l’envers ou par défaut, si l’on peut dire, dans laquelle il avait mentionné neuf pièces originales manquantes lors de la mise au coffre: six qui lui avaient été dérobées, souvent prêtées et non rendues, trois autres qu’il avait offertes à des tiers. Mais en 2015, la fondation est dissoute dans des conditions peu claires, placée en liquidation judiciaire, les droits de l’œuvre cédés contre espèces sonnantes et trébuchantes à l’éditeur Dargaud, trop heureux d’ajouter un nom aussi prestigieux à son catalogue. C’est à ce moment-là que son président, Philippe Biermé, confie le précieux trésor à la Fondation Roi Baudouin, qui gère notamment aussi les fonds de plusieurs musées belges. Mais lors du transfert des cartables, la surprise est au rendez-vous: en inventoriant rapidement les planches, le président de la fondation, Dominique Allard, en comptabilise seulement 470 et ne peut masquer sa surprise: 190 planches sont manquantes et ont été dispersées en trois décennies!
Tous les regards se tournent évidemment alors vers le président de la Fondation Edgar P. Jacobs, l’inévitable Philippe Biermé. Cet ancien retoucheur des Editions du Lombard, éditeur de Blake et Mortimer, s’était rapproché du vieux Jacobs à la fin de sa vie, s’autoproclamant son fils spirituel. Il s’affiche aujourd’hui dans les médias posant devant sa Rolls-Royce, menant grand train, tout en jurant, la bouche en cœur, qu’il n’est évidemment pour rien dans toute cette affaire: «Un pillage organisé de l’œuvre de Jacobs a bien eu lieu, mais il remonte pour l’essentiel à 1987», se défend-il dans Le Parisien, déclarant avoir lui-même déposé plainte1. Des voleurs s’étaient en effet à cette date introduits dans la villa du maître, mais à une période de sa vie où le dessinateur avait déjà placé ses trésors dans le coffre de sa banque bruxelloise… De leur côté, les marchands parisiens spécialisés proposant des planches originales à la vente à prix d’or, évoquent eux, évidemment, le secret professionnel et refusent de s’exprimer sur la provenance de leurs trésors. Mais en attendant d’y voir plus clair, les transactions continuent de plus belle…
«Je me battrai jusqu’au bout»
S’ajoutent les deux testaments rédigés par Jacobs. Le second, très tardif, rédigé le 10 décembre 1986 deux mois avant sa mort – comportant une signature bizarre avec le «P» inversé d’Edgar P. Jacobs – annulait le premier, spoliant définitivement sa petite-fille adoptive, Viviane Quittelier. Ceci au profit de son «fils adoptif» Philippe Biermé, désigné comme son ayant droit, et à ce titre, détenteur des clés de l’immense coffre-fort. «Je me battrai jusqu’au bout, dit-elle, en mémoire de mon grand-père qui le mérite bien.»
Le dessinateur belge en gentleman-farmer avec Viviane, sa petite-fille par alliance. Ce grand-papa gâteau était, à la fin de sa vie, proche de Philippe Biermé.
Mais les choses bougent. En plus du juge belge qui dirige l’enquête, un magistrat français a été désigné pour coordonner les actions judiciaires entre les deux pays. Et selon nos informations, des commissions rogatoires doivent parvenir ces prochains jours aux autorités suisses. Dans le collimateur, deux personnes au moins domiciliées dans notre pays (identités connues de la rédaction), financièrement très aisées, une dans le canton de Genève et une autre dans les Alpes vaudoises. Concernant cette piste helvète, le juge Michel Claise, chargé du dossier à l’Office central de la lutte contre la délinquance organisée (OCDEFO) n’est guère prolixe: «Je ne parle pas aux journalistes. Mais appelez le parquet la semaine prochaine», répond-il, un brin amusé, avant de raccrocher poliment.
Dans ses mémoires, parus peu avant sa mort, le créateur de Blake et Mortimer se félicitait d’avoir eu sa vie durant «le rare privilège d’être, à la fois, l’auteur, l’interprète et le metteur en scène d’un singulier, mais bien passionnant, opéra… de papier». Devenu aujourd’hui, malgré lui, un véritable opéra de… millions d’euros.
L’ENQUÊTE 56 L’ILLUSTRÉ 40/18
Perquisition de 1988 à mon domicile et chez mes parents : aucune planche originale trouvée. Rebelote chez moi en janvier 2023 demandée par la même personne : auditionnée « à titre de témoin concernant des faits de ABUS de CONFIANCE, BLANCHIMENT et ASSOCIATION DE MALFAITEURS au préjudice de la Fondation Edgar P. Jacobs. » Toujours aucune planche originale trouvée. Pour rappel, la même personne m’avait fait expulser au vu des personnes présentes de l’inauguration de l’exposition Blake et Mortimer à Maxéville en 2010. Voir le rappel de plusieurs faits sur mon site concernant ces accusations répétées. ↩︎
Et oui, la carte SD m’a donné bien du souci pour récupérer mes photos sur mon ordinateur !
A présent – et je ne pourrais expliquer le phénomène capricieux (aucune photo sur la carte SD jusqu’à son déblocage subi !!!) – tout est remis à la « normale » et je peux désormais visionner les centaines de photos prises pendant mon séjour alpin.
Voici en prime une vue du mont Pelvoux et de la vallée de la Durance entre Briançon et Embrun, depuis les hauteurs de St Crépin :
Les deux articles parus dans la presse locale Le Dauphiné libéré des 12 et 13 août 2015 :
Le lien est enfin corrigé et je peux de nouveau accéder à l’administration de ce blog.
Je m’étais procuré l’agenda 2015 dans lequel mon père René est cité (semaine du 23 au 29 mars) et moi également (semaine du 12 au 18 janvier). Le lecteur y trouvera des petits extraits de mon livre au fil des semaines. Je remercie ici Daniel Couvreur, l’auteur des textes.
La météo prévoyait d’importantes chutes de neige sur les Vosges. Il n’est hélas tombé que quelques flocons. Pas assez pour recouvrir les touffes d’herbes qui perçaient la neige çà et là sur les pistes… Malgré un vent glacial encore présent, le printemps s’annonçait déjà !
Ce fut plutôt un voyage de découvertes touristiques : visites de l’amphithéâtre de Grand (Vosges), la Basilique du Bois Chênu et la maison natale de Jeanne d’Arc à Domrémy-la-Pucelle.
Enfin la visite d’un vignoble et dégustation du Gris de Toul :
Fin août 2006, je me trouvais au festival BD de Solliès-Ville avec une exposition "Franquin" réalisée par Roland Francart, fondateur du CRIABD.
Le CRIABD s’intègre dans le cadre du festival en exposant dans l’église Saint-Michel. L’église et son clocher est représentée chaque année sur l’affiche du festival.
Après avoir gravi des dizaines de marches depuis le village pour atteindre l’église, les visiteurs découvrent une exposition inédite et une collection de BD chrétiennes. Ils peuvent se reposer en m’écoutant jouer des pièces diverses sur les plus vieilles orgues de France.
BoDoï m’a interviewée sur le parvis de l’église. L’article paru dans le n° 100 n’est pas disponible sur Internet.
Qu’ai-je dévoilé ? Ninie, la première femme d’Edgar Jacobs, l’avait quitté par une belle journée ensoleillée d’octobre. Edgar l’attendait en vain pendant les semaines et les mois suivants. En 1946, il s’est représenté de dos dans le dernier dessin illustrant "La Guerre des Mondes". On le voit debout dans une porte-fenêtre entrouverte. Jacobs s’est placé de dos afin qu’on ne puisse pas voir son visage. Ninie est là devant lui. Jacobs m’a révélé avoir pris cette photo comme modèle. On reconnaît le maintien de Ninie et la partie inférieure de sa robe de mariée. Jacobs m’a dit avoir aminci son visage pour respecter le texte : une femme livide . Il a mis des cheveux hirsutes, parce que Ninie menait une vie désordonnée. Il a ajouté que le visage n’a pas la même expression, puisque la circonstance d’un retour n’est pas comparable à celle d’un engagement nuptial. Le texte mentionne : « Je vis ma femme, livide, sans larmes : – je suis venue, dit-elle. » On peut également remarquer une inversion gauche – droite fréquente chez Edgar Jacobs. Pas uniquement pour l’ensemble, mais aussi pour les détails, comme le bras droit de Ninie et le gauche de la copie. D’autres explications pour ce dessin se trouvent encore dans mon livre. (Photo D.R.)
2004 : les 100 ans du créateur de Blake et Mortimer.
Couverture de l’encart de l’édition belge de la revue Point de Vue N° 2895, semaine du 14 au 20 janvier 2004 :
Gilles Brochard a réalisé le dossier inclus dans l’encart de l’édition belge. Mon interview est reprise dans le dossier.
A gauche des timbres belges, on peut lire verticalement : Docs Philabulle. « Philabulle » est un bulletin trimestriel des amis de la philatélie et de la BD. Il est réalisé par Thierry Marguenot et Roland Francart. Pour plus de renseignements : http://philabulle.free.fr/index.htm
René Quittelier, Edgar et Jacques Van Melkebeke devant la villa du « Bois des Pauvres ». Ce jour-là, René a été témoin de la collaboration de Jacques Van Melkebeke. A découvrir dans mon livre. Photo Jeanne Faignart (~1960), collection Viviane Quittelier.
Le 7 juin 1982, pour mes vingt-six ans dans un restaurant à Overijse. Edgar, Viviane et sa maman, Georgette. Photo René Quittelier, collection Viviane Quittelier.
A l’occasion du centième anniversaire de la naissance d’Edgar P. Jacobs, le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême et le Musée de l’Homme présentent une première grande exposition rétrospective : « Blake et Mortimer à Paris ! »
Benoît Mouchart, directeur artistique du Festival d’Angoulême et co-auteur de "La Damnation d’Edgar P. Jacobs" avec François Rivière, m’invite à l’inauguration. Daniel Couvreur, envoyé spécial du journal Le Soir, est également à Paris. Il me pose quelques questions. L’entretien titré « Il avait peur de l’oubli », paru dans le journal du 13 novembre 2003, n’est accessible sur Internet que moyennant achat. Intéressé(e) par l’article complet ? Voici le lien : ·Exposition – Au Trocadéro, le Palais de Chaillot met en scène l’imagerie belge de Jacobs Blake et Mortimer à Paris ! « Il avait peur de l’oubli » "Le Soir" journal du 13/11/2003 (édition Bruxelles) – page 26 publié dans : Le Soir Coût: 1 crédit(s)
Nombreux ont été les visiteurs. L’expo m’a charmée. J’y ai retrouvé une part des jeux d’ombre et de lumières vécus au « Bois des Pauvres ». J’y suis retournée à plusieurs reprises avec des amis.
(Photo Patrick Vandersleyen)
La presse de l’époque a largement divulgué que la Fondation Jacobs n’avait pas soutenu l’événement. Je tiens à rappeler que je n’ai jamais fait partie de la Fondation, ni mon père, ni aucun membre de ma famille.